Maggie et Aude

Maggie et Aude

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Maggie a quarante ans. Mère de trois enfants, elle enchaîne les gagne-pains pour subvenir aux besoins de son foyer. Son mari, victime d’un accident du travail, est handicapé. Loin de l’ébranler, la situation lui confère au contraire résilience et endurance. Se muer en boussole pour son clan coûte que coûte et leur offrir une vie heureuse devient son leitmotiv.

Il y a cinq ans, une amie lui déniche un poste de nounou. Après une interview d’embauche digne du Bureau des Légendes (1) et une période d’essai réussie, Maggie est engagée dans une famille d’expatriés. Dans un quartier cossu de la place, elle débarque dans un univers méconnu qu’elle envisage impitoyable, aigre-doux et au luxe ostentatoire.  Au lieu de cela, la maîtresse de maison qui l’accueille, incarne la bonté. Cheveux couleur miel, tâches de rousseur qui flirtent entre elles et un regard qui vous submerge. Elle s’appelle Aude de Broqueville, pédiatre, épouse d’un diplomate et mère de trois enfants hyper actifs.

Consciencieuse et méthodique, Maggie s’échine à la tâche, et adopte vite les codes de cette famille bourgeoise. Elle découvre les à-côtés de sa fonction dont les weekends à la mer. Si la vue de l’étendue bleue pour la première fois l’impressionne et la bouleverse, elle parvient néanmoins à masquer ses émotions. Elle croise le chemin d’autres nounous qui lui livrent leurs malheurs, leurs aventures rocambolesques et tourmentées, leur éthique qui laisse à désirer et tous les commérages concernant ceux qui les emploient. Elle sourit en dedans. En écoutant leurs récits, Maggie réalise que le foyer dans lequel elle travaille constitue une vraie chance.

Au fil du temps, sa patronne lui pose des questions pour connaître son histoire, s’intéresse à sa vie. Aude découvre progressivement les talents culinaires de la nounou. Elle décide de l’aider à créer sa mini-entreprise. Chaque vendredi, elle organise un goûter avec les femmes de son réseau où seules les mignardises de Maggie sont servies. L’audience conquise, en redemande, butine autour de la pâtissière et multiplie les commandes auprès d’une Maggie pantoise. L’entrain décuplé d’Aude à faire émerger son talent et la valoriser l’émeut. La pédiatre imprime des cartes de visite à son effigie, une page Facebook et rédige chacune de ses recettes sur l’ordinateur. Ainsi naît « Les gourmandises de Maggie ». Aude crée un atelier au fond de son jardin pour la préparation des pâtisseries. Elle inscrit Maggie à des cours d’anglais, de comptabilité et de suivi budgétaire. Maggie change de statut. De nounou, elle devient chef d’entreprise et suit le chemin tracé par Madame de Broqueville.

Aude considère que tendre la main à autrui et l’aider à développer son potentiel sont plus gratifiants qu’un rapport de soumission patronne-employée. Elle abhorre ce rôle de tenancière blanche qui beugle des ordres au personnel, dans lequel certaines femmes expatriées se complaisent. Son objectif se cantonne à encadrer, motiver, instruire, stimuler, de soigner les maux à l’âme pour permettre l’autonomie de chacun. Elle se félicite de l’envol progressif qui gagne Maggie. Comment concevoir autrement son séjour et apporter sa pierre à l’édifice du développement du pays qui l’accueille.

(1) série d’espionnage française

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